jeudi 6 décembre 2007

{nouvelle] Viendra t-il ?

Cette nouvelle est pour la journée mondiale contre le SIDA. c'est un dessin qui m'a inspiré.

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Viendra t-il ?

Je me le demande… n’ai-je pas été trop confiant ? Je soupire et un nuage de vapeur s’échappe de ma bouche. Je croise mes mains entre mes jambes et je regarde le sol sans le voir. Il fait froid. Je lève les yeux vers l’horloge de l’autre coté de la rue. Encore dix minutes. J’avais tellement hâte que je suis arrivé en avance. Mais depuis que je suis assis dans le froid de ce 1er décembre, dans un parc à moitié vide, en ce début de soirée où la nuit domine, je me demande s’il viendra. Soleil… je souris… on s’est rencontré il y a deux mois sur un chat et ce sont nos pseudos qui nous ont rapprochés. Soleil et Rainbow. Pour expliquer mon pseudo c’est simple… mais le sien est particulier. Il aurait pu choisir l’anglais mais non. C’est parce qu’il vient du sud à ce qu’il m’a dit. On a discuté des heures et des heures de tout et de rien. Je sais qu’il aime, comme moi, le Jazz modern et qu’il a une sainte horreur du reggae. Je souris et je me demande si c’est vraiment lui que je vais rencontrer ou bien si c’est juste une personnalité qu’il s’est créé. Et que dire de l’image que je lui ai tendu de moi ? Au début je pensais tricher et devenir quelqu’un d’autre… sortir de ma vie, ne plus la supporter, ne plus la subir ni subir le regard des autres…quel fou ! Elle me rattrape chaque jour… chaque fois que je me vois dans la glace ou que je vois cet éclair de pitié ou de répulsion que j’inflige dès que je le dis. J’ai commencé à parler avec lui pour ne plus être seul et me sentir apprécier pour ce que je suis dans ma tête et non dans mon corps. Je ne lui ai pas dis. Je n’ai pas voulu le lui dire. J’ai joué la comédie et j’ai toujours évité le sujet. Mais c’est arrivé dans la conversation. C’était inévitable.

Soleil : tu as vu la nouvelle pub contre le sida ? Je la trouve intéressante mais ils nous prennent pour des imbéciles, c’est entré dans les mœurs le préservatif.

Qu’est ce que j’aurais pu répondre à ca. J’ai coupé le net et j’ai prétexté le lendemain que mon modem m’avais lâché et on n’en a plus reparlé jusqu’à l’annonce que le 1er décembre serait la journée mondiale contre le Sida. Que je le veuille ou non c’est en moi. C’est en moi depuis deux ans passé maintenant. Ca me retourne le cœur et me donne envie de vomir rien que d’y penser mais je fais avec. Je survie quoi.

Ah Soleil ! Je sais qu’il aime les grillades sur la plage avec un bon rosé bien frai, qu’il pratique le surf dans son sud natal et qu’il a deux petits frères. Il fait des études pour devenir dessinateur industriel et il a 22 ans. Je souris et je regarde l’horloge. Encore 5 mn. Mais viendra t-il ?

On en a dit des choses au cœur de la nuit. On a parlé politique, actualité et de tellement d’autre chose… sans parler de nos coming out respectif. Ma grande sœur m’a confectionné cette écharpe…D’où mon pseudo. Elle alterne toute les couleurs de l’arc en ciel tout au long de ses deux mètres.

Soleil est quelqu’un de franc et qui ne tourne pas autour du pot. On s’est disputé plus d’une fois et à chaque fois on s’excusait le lendemain. Il a un caractère volontaire et a quitté sa famille pour monter à Paris. Il va de l’avant, il a une grande gueule. Je ris tout seul dans le froid et un léger nuage s’échappe. Je le regarde monter vers le ciel.

Un couple passe la main dans la main. Monsieur parle tout bas et madame sourit, amoureuse. Je les envie. Leur vie a l’air simple. Mais que ce passerai t-il si monsieur avait ce poison dans les veines ? Ou madame… ? Je n’aurais jamais du faire confiance a mon ex-partenaire… j’ai l’excuse d’avoir été amoureux… mais maintenant que j’y pense, je trouve cela dérisoire. Je frissonne, le vent se lève et fait voler des feuilles plus noires que marrons. Je lève les yeux et je soupire. Je lui ai avoué comme si c’était honteux. Mais j’ai honte de ce que j’ai. J’ai honte de ma bêtise et honte d’espère voir autre chose que du dégout dans leur yeux. Je suis comme un chien qu’on bat et qui gémis pour une caresse ou une marque d’affection. J’ai voulu m’exorciser et lui faire confiance. Mais parler a travers un écran et face à face sont deux choses différentes… Je lui ai dit ce matin. Il est en retard.

Un sourire triste étire mes lèvres gercées. Il ne viendra pas.

Pourquoi viendrait-il ? Ce n’est pas parce qu’il m’a trouvé à son gout sur les photos que ca fera la différence.

Soleil : Oh sympa ! J’aime bien tes cheveux un peu trop long on dirait une châtaigne et tes yeux des noisettes.

Rainbow : Alors ça, c’est la première fois qu’on me le sort ! Pas commune ta façon de draguer.

Soleil : De suite ! Mais j’ai le droit de te trouver mignon quand même !

Rainbow : c’est ça, c’est ça…

Soleil : et moi, tu me trouve mignon ?

Rainbow : Haha…narcissique en plus ?

Soleil : On ne peut rien te cacher !

Rainbow : Hum… brun aux yeux clairs, classique du sud. Mais j’aime bien ta bouche.

Soleil : C’est déjà ca…

C’est vrai que sa bouche me plait. Un peu trop grande mais très mobile et deux rides d’expression autour, comme s’il riait tout le temps. Je regarde l’horloge encore une fois. Le rendez-vous est passé de 10mn. J’ai mal au cœur. Il ne viendra pas.

Alors si j’en suis si sur, pourquoi je reste dans le froid à l’attendre ? Je sens mes yeux me piquer, je suis déçu. J’en ai marre ! J’en ai marre de perdre des amis comme ca. J’en ai marre que cette maladie les chasse ! S’il n’avait pas su que j’avais le Sida, il serait venu, m’aurait dragué, m’aurait faire rire et j’aurais fini dans son lit. Le Sida les chasse comme la peste. Ce que je croyais mes amis sont parti…doucement et petit à petit mais ils sont partit, me voyant déjà mourant. Ma famille m’évite aussi et ma mère me regarde à présent avec de la pitié et de la douleur dans les yeux… elle m’accuse en silence. Je ne vois pas pourquoi continué ma fac de droit si c’est pour mourir dans quelques années… Si je la continue c’est pour me sentir appartenir à la vie. Appartenir à un groupe, appartenir à quelque chose… Soleil aussi. J’ai voulu me sentir apprécié par quelqu’un. Ressentir de la tendresse pour quelqu’un. J’ai voulu qu’on m’aime. Et là… il n’est pas venu.

Je presse mes mains l’une contre l’autre et je souffle dessus. Je vais attendre encore 10mn et après je rentre.

J’entends le bruit de quelqu’un qui court et qui s’arrête près de moi. J’ai un instant d’espoir fou. Je me tourne lentement. Il y a un homme, les jambes écartées, les mains sur les genoux et la tète pendante qui cherche son souffle. Il a un manteau noir et un jeans bleu. Il est chaussé de tennis bas et une écharpe en laine marron pend autour de son cou. Il a les cheveux noirs, lisse. Il relève la tète et je vois un regard clair qui me réchauffe et une bouche mobile qui sourit entourée de ride d’expression.

- Soleil ?

Il me tend la main et, comme dans un rêve, je la saisie. Sa paume est chaude et légèrement moite. Il me serre doucement les doigts. Je souris et mes yeux accrochent sur le revers de son manteau le ruban rouge épinglé.

- Je suis venu, Rainbow.

3 commentaires:

Anonyme a dit…

moi je l'adorre cette petite fics. En tout cas tu as bien ete inspiré et puis ça fait du bien de voir qu'il y a des gens qui acceptent ou s'interessent aux autres meme si ils sont malades. car ds notre seciété c'est pas encore ça....

bisous sempai adorré

Anonyme a dit…

*love*

Opale a dit…

Merci les filles... je suis contente qu'elle vous plaise.
Et puis le sud ca ne veux pas dire marseille... y a aussi bordeaux et toutes les villes pres de l'océan...tss tss

*caline ses cheries*